Interview de Fabien Choné, Directeur général délégué de Direct Energie et président de l’ANODE
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27 June 2007
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A l’occasion de l’arrêté du conseil de la concurrence qui impute les dysfonctionnements du marché de gros à EDF et qui lui demande d’y remédier, nous publions à nouveau l’interview de Fabien Choné, Directeur général délégué de Direct Energie et instigateur de la plainte. Les principaux obstacles rencontrés par les fournisseurs alternatifs sur le marché de l’électricité y sont notamment abordés. |
Selon Fabien Choné, il faut mettre en place des mécanismes capables de concilier la spécificité de la France en matière de nucléaire avec un marché de l’électricité concurrentiel. Soucieux d’évoluer dans un marché équitable, Direct Energie a émis en 2006 plusieurs demandes auprès des pouvoirs publics (intégration au Consortium Exceltium, modification du mécanisme des VPP2) afin d’avoir accès à des sources d’approvisionnement proches des coûts de renouvellement du parc de production nucléaire.
Direct Energie est un nouvel entrant sur le marché de la fourniture d’électricité en France. Créé en avril 2003, Direct Energie est indépendant des opérateurs historiques. Ce fournisseur alternatif compte aujourd’hui plus de 82 000 sites professionnels. Son ambition est de répliquer cette réussite sur le marché des particuliers. Pour y parvenir, l’équipe dirigeante peut compter sur la reconnaissance de son savoir faire au travers de la récente prise de participation majoritaire du Groupe Louis Dreyfus, qui confirme au passage l’attractivité du mouvement de dérégulation du secteur de l’énergie pour les investisseurs.
Fabien Choné nous donne des éléments pour comprendre sous quelles conditions un nouvel entrant peut trouver sa place au sein d’un marché complexe et dominé par des acteurs historiquement en situation de monopole, et qui évoluent à l’échelle européenne.
Sia Conseil : - La survie d’un nouvel entrant tel que Direct Energie dépend-elle de la mise en place de mécanismes tels que les VPP ou les contrats à long terme assortis d’une garantie sur les prix ?
Fabien Choné : Il ne s’agit pas de la survie d’un acteur en particulier, mais de fixer les conditions de l’existence d’un marché concurrentiel en général ! Or si l’on souhaite que le marché de détail reflète l’avantage compétitif du nucléaire, il est nécessaire que le marché de gros le reflète aussi, ce qui n’est pas possible dans l’organisation actuelle de ce dernier. Ces mécanismes sont donc indispensables, et les dispositifs existants (VPP base) sont encore largement inefficients. Pour assainir les bases du marché, il faudra donner aux commercialisateurs actifs en France un accès équitable à l’énergie nucléaire, dans des conditions qui permettent, et même incitent, à son nécessaire renouvellement.
Le mécanisme de « VPP base » ne le permet pas aujourd’hui car les prix des enchères rattrapent vite ceux du marché de gros (NDLR : ~50€/ MWh). A plus de 35€ le MWh, toute concurrence avec les prix réglementés devient vaine, alors que c’est bien l’objectif de la libéralisation du marché…
Sia Conseil : - Pensez-vous qu’un fournisseur alternatif puisse se développer durablement sans moyen de production en propre ?
Fabien Choné : C’est une voie que certains ont retenue, mais elle ne résout aucunement les problèmes fondamentaux que nous venons d’évoquer. Si l’investissement dans une centrale Cycle Combinée/Gaz par exemple est une bonne chose en soi, notamment pour gérer ses propres risques d’approvisionnement, dans un contexte de hausse du prix du gaz ce n’est pas un élément suffisant pour assurer la compétitivité d’un fournisseur sur un marché de détail, dont le niveau des prix reflète la proportion ultra majoritaire de la production d’origine nucléaire dans le mix énergétique français.
L’ objectif d’une intégration amont est de parvenir à aligner son portefeuille d’approvisionnement sur le mix de production qui est représenté dans le marché aval. Une fois qu’il sera possible de baser son approvisionnement, via une évolution du mécanisme des VPP par exemple, à 80% sur de la production nucléaire, il sera d’autant plus intéressant de développer des moyens de production complémentaires en propre pour couvrir les 20% restants.
Sia Conseil : - Quels solutions pourrait-on envisager dans ce cas pour permettre aux français de profiter enfin des bénéfices de la libéralisation ?
Fabien Choné : Pour bien comprendre, il faut rappeler que le monopole de fait sur le marché de la production (en particulier sur le nucléaire) contraint les fournisseurs alternatifs à s’approvisionner sur les marchés de gros, ou via les enchères de capacité (VPP).
Ces dernières étaient sensées « simuler l’économie du parc de production français » afin de permettre aux concurrents d’EDF de pouvoir se développer dans des conditions acceptables de concurrence sur le marché aval de la fourniture, sans cession d’actifs de production. Malheureusement, on sait désormais que l’organisation de ces enchères a échoué puisque les prix résultants sont alignés sur ceux du marché de gros, lui-même fortement corrélé à ceux de nos voisins européens, et ne sont donc absolument pas représentatifs des coûts de production français.
Il n’existe donc à mes yeux que deux possibilités : soit faire évoluer le mécanisme de « centrales virtuelles » pour le décorréler des prix de marché européens, soit demander la cession physique des actifs nucléaires. Comme la deuxième solution me paraît à plus d’un titre irréaliste, et même probablement pas souhaitable, nous défendons l’évolution du mécanisme des VPP, notamment au travers de propositions présentées par l’association ANODE.
Une évolution simple serait facile à mettre en œuvre. Il suffirait d’assortir la vente, de tout ou partie, des VPP de type « base » mise aux enchères, d’une obligation de vente sur le territoire français dans des conditions encadrés par les tarifs réglementés. Ainsi, on garantit que les prix libres restent cohérents avec les coûts de production français sur lesquels sont basés les tarifs réglementés. On s’assure également que l’avantage compétitif du nucléaire est bien transféré entièrement aux consommateurs français.
En parallèle de cette participation au transfert vers les français des avantages de cet aspect de la politique énergétique française, ,les fournisseurs pourraient s’engager eux aussi dans un « contrat de services publics » afin de mettre en œuvre également les autres points clefs de cette politique volontariste en France, comme les dispositifs d’aides aux clients en difficultés, les efforts en matière d’efficacité énergétique, voire même la contribution à l’investissement dans les futurs moyens de production français….
Cette mesure rendrait notamment aux français les bénéfices de leurs investissements à long terme dans le nucléaire, et ceci en parfaite harmonie avec les règles européennes de concurrence.
Sia Conseil : - Plus largement, compte tenu du contexte de concentration des énergéticiens européens, pensez-vous qu’il y ait une place pérenne pour des petits acteurs ?
Fabien Choné : C’est le propre d’un marché concurrentiel que de voir de nouveaux acteurs apparaître et jouer de leur agilité pour conquérir de nouvelles parts de marché. Une fois leur taille devenue conséquente, ils rentrent également dans le périmètre des acteurs en mesure de se concentrer, pendant que de nouveaux entrants prennent leur place… c’est le cycle de vie d’un environnement économique sain.
Sia Conseil : - Jusqu’à présent, Direct Energie n’est pas positionné sur le marché de gaz alors que les opérateurs historiques et votre concurrent direct s’activent à développer leur offre duale : vous n’y croyez pas ?
Fabien Choné : Nous n’avons effectivement pas développé d’offres duales jusqu’à présent. Nous considérons en effet que la vente de gaz n’est pas discriminante pour aborder le marché des professionnels, d’autant que le marché du gaz est complexe, et semble encore aujourd’hui un peu moins mature que celui de l’électricité.
En revanche, l’offre duale électricité/gaz présente un véritable intérêt pour les particuliers soucieux de se faciliter la vie. Nous travaillons dans ce sens, mais notre première priorité reste d’obtenir un environnement réglementaire permettant une réelle ouverture du marché électrique.
Sia Conseil : - A l’occasion de l’ouverture du marché en Juillet prochain, l’offre de Direct Energie pourrait-elle évoluer d’une différentiation basée sur les prix vers une offre complémentaire à la fourniture d’énergie ? Quelles sont les services que vous comptez développer ?
Fabien Choné : Pourquoi une différenciation sur les prix s’opposerait-elle à la fourniture de service complémentaire ? Nous comptons bien être présent sur les deux tableaux, il ne s’agit donc pas d’une évolution mais bien d’un complément d’offre.
C’est même de la responsabilité d’un acteur alternatif que de proposer des offres innovantes en complément des offres historiques !
Quant aux pistes que nous développons, il est encore prématuré pour les évoquer.
Sia Conseil : - Quel risque représente pour vous le manque de stabilité du cadre réglementaire ? Quel sera l’impact pour Direct Energie du récent « tarif transitoire de retour » institué par le Conseil Constitutionnel ?
Fabien Choné : Paradoxalement, le texte du Conseil Constitutionnel se révèlera peut être comme une opportunité d’avancer car il met en évidence le caractère bancal du fonctionnement actuel du marché. D’autant que son interprétation la plus stricte (avancée notamment par la FNCCR*) impliquerait de basculer dans le marché libre tous les contrats particuliers lors de leur renouvellement annuel, et donc la disparition des tarifs réglementés dès la mi-2008. Cela serait évidemment politiquement intenable, ce qui poussera les pouvoirs publics à faire évoluer les choses rapidement.
Sia Conseil : - Et pourtant, malgré la sensibilité de ces sujets ne pensez-vous pas que ces questions énergétiques soient devenues un tabou dans les débats de l’élection présidentielle ? Quelles seraient vos attentes vis-à-vis de cette échéance ?
Fabien Choné : Pour l’instant les questions énergétiques ne s’entrevoient effectivement qu’à travers de sujets plus porteurs comme l’Environnement. Je ne pense pas qu’il y ait de tabou mais plutôt que la campagne présidentielle n’a pas encore abordée la phase réelle de débat, qui suivra sans doute la présentation détaillée des programmes.
La question de l’ouverture du marché devrait ressortir parmi les propositions concernant le pouvoir d’achat des Français. A mon sens il sera essentiel de donner aux acteurs de ce marché les moyens de proposer aux français les fruits de cette libéralisation, c’est-à-dire, outre plus des services et de réelles innovations, une véritable modération tarifaires bien sûr.
| PARCOURS |
| DIRECT ENERGIE |
Notes :
(1) ANODE : Association Nationale des Opérateurs Détaillants en Electricité
(2) VPP : Virtual Power Plant (cf. article Des centrales électriques virtuelles pour accompagner la libéralisation du secteur de l’électricité ?)
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